Communa

Réappropriation des bâtiments vides

 
 

Communa est une association qui récupère les bâtiments vides à Bruxelles. Créée en 2012 par cinq étudiants : trois juristes, un historien et un ingénieur, elle avait comme motivation première de créer un lieu de vie en communauté.

Ancrée dans la pratique de ce que l'on a nommé "la démocratie du faire", Communa développe une dynamique concrète de démocratie locale de par leur impact positif direct en terme de solidarité et de cohésion sociale des quartiers qu'ils investissent. Leurs différentes tentatives de fonctionnement en assemblée décisionnelle horizontale absolue (avec une droit de véto pour tous) les a conduit à élaborer un autre fonctionnement basé sur le faire : celui qui fait à le pouvoir décisionnel et ce n'est que dans un second temps que les conséquences et les enseignements sont discutés en collectif. L'association fonctionne au consentement ("je peux vivre avec") et non au consensus : chacun est libre entreprendre les projets qu'il le souhaite tant qu'il n'y pas d'opposition radicale de la part d'un autre membre, qui pour s'opposer doit formuler une meilleur proposition, et que les actions menées respectent la charte de valeur de l'association.

 
 

Bruxelles, ville d’un million d’habitants, compte une très forte concentration de bâtiments inoccupés comme beaucoup de villes : 30'000 logements, 15% du parc immobilier du bureau (équivalent à 1,5 millions de m2), 5000 appartements au-dessus de commerces et 1/10 du parc de logement social. (Source)

Face au constat d’incohérence entre la demande en logement, de lieux d’échange citoyen, de lieux de travail pour les associations ou pour les artistes, les initiateurs de l’association ont cherché des solutions. Ils ont tenté plusieurs méthodes d’occupation allant de la négociation avec les élus jusqu’au squat en passant par des courriers au roi de Belgique.

Utilisant leurs compétences de juriste activiste, ils ont combiné l’effet pression du squat et de la négociation avec les pouvoirs publics en s’appuyant sur un argumentaire construit autour des avantages, notamment économique, d’occupation des logements vides pour les propriétaires. Il faut savoir qu’en Belgique un loi prévoit la taxation des bâtiments vides, taxe pouvant aller jusqu’à 150€ m2 ce qui n'est pas négligeable pour les propriétaires. (Source). C'est sans nul doute un facteur facilitant l'émergence de la dynamique de l'association sans pour autant rendre son application inenvisageable dans d'autres pays. 

L’aventure Communa commence réellement en 2013 lorsque un propriétaire d’une tour de bureaux de 8000m2 leur signe un contrat d’occupation des lieux. L’occupation des lieux ne se limite alors pas pour Communa à une collocation géante mais permet la création de restaurants de récupération solidaire, des résidences artistiques, des festivals de musiques, etc. L’aventure continue pour Communa jusqu’à aujourd’hui où ils sont officiellement reconnus comme des acteurs de l’occupation de logement vides : la roue s’est inversée, ils ne font plus de demandes d’occupation mais sont directement contactés pour prendre en charge la gestion de nouveaux lieux.

Aujourd’hui Communa c’est une quinzaine de lieux occupés dans Bruxelles avec la mise en place d’une série de services allant du bar aux pépinières associatives. L’axe de solidarité et de mélange culturel est très fort chez Communa ainsi l’association reloge beaucoup de sans papier ou de personnes en forte précarité.

L’association fonctionne de manière horizontale avec ses membres et habitants. Intégrer Communa signifie d’abord signer la charte de valeurs qui limite les initiatives possibles dans les lieux à celles qui sont jugées comme ayant un « impact sociétal positif ». Ensuite l’association demande une triple implication à ces membres : une participation financière, un loyer, à prix libre et conscient (l’association calcul un prix de coût de la location et les habitants participent à la hauteur qu’ils le peuvent), la participation aux différentes réunions de l’association pour décider des grandes tendances à prendre et 3 heures de travail mensuels dans l’un des différents lieux ouverts par Communa (tenir le bar, participer à la rénovation d’un lieu, etc.).

 

Les membres du collectif ne s’arrêtent pas là, ils ont une vision pour l’avenir de leur association : ils souhaitent « passez de l’éphémère au durable ». En effet les contrats d’occupation qu’ils obtiennent sont relativement courts, de 6 mois à 5 ans. Le départ des lieux investis ne sont pas l’étape la plus réjouissante du processus. Inspiré de la réappropriation collective par les communautés noires américaines à la fin de l’esclavage, le Community Land Trust est une alternative à la propriété foncière basée sur l'achat collectif de propriété. Le Community Land Trust Bruxellois pousse l’expérimentation plus loin en proposant une dissociation du sol et du bâti permettant une bien meilleure accessibilité à la propriété du bâti (70% moins cher en moyenne). La fondation récolte assez de fond pour acheter le sol, s’engage à ne jamais le revendre, les collectifs rachètent le bâti et en font une coopérative où l’association du collectif possède le titre de propriété et les membres la gestion.

A termes, ce mécanisme puissant permet de faire collectivement sortir ces lieux ainsi réappropriés du marché du l’immobilier et d'en faire un commun.