Carnet de bord


Parce que cette aventure démocratique est aussi une aventure humaine, nous avons décidé de faire une page plus personnelle pour décrire notre voyage, notre état d'esprit, nos coups durs et nos moments plus heureux.


 

Jeudi 15 juin 2017, Merville Franville, Normandie, France

Voilà deux jours que nous sommes partis. Après de grosses courses dont un investissement conséquent dans les galettes bio en prévision de la Norvège, on est partis de Nantes. Une soirée à Rennes et un réveil pas loin du Mont Saint Michel. Une belle journée de travail pour annoncer notre départ pour revenir sur notre expérience de Barcelone, annoncer notre départ aux Nuits Debouts et prendre contact avec Bruxelles (et même un gain de compétence en montage de GIF). On a pu ensuite se baigner dans l'eau salée mais vaseuse de la baie. Un demi coup de soleil plus tard, on reprend le camion pour dormir sur une plage normande. Beau réveil près de la mer, nous nous lançons dans une petite séance de yoga après avoir bossé le matin. Ce début tant attendu de voyage est plein de soleil et d'air marin. Tout va bien.


Samedi 29 juin 2017, Kinderjik, Pays-Bas,

Thomas joue avec l'appareil photo. Nous sommes à Kinderjik et la vue ressemble à ça :


Mardi 4 juillet 2017, Nordstrand, Allemagne,

Le ferry qui nous emmène en Norvège part dans trois jours de Hirstraat tout au Nord du Danemark et nous avons donc quitté Hambourg ce matin. Après quelques heures de route, où nous avons tous les deux conduits, nous avons atteint Nordstrand, une presque île pleines de digues, de moutons et d'éoliennes. Avant de partir nous avons fait le plein d'eau. A part en France, il est rare de trouver de l'eau en ville, les fontaines existent peu et ne serait ce qu'aller aux toilettes coûte souvent 50 centimes.

Nous avons fini par nous habituer et à Hambourg nous sommes donc allés à un emplacement pour camping-car assez bien foutu et pas trop cher, trouvé sur l'incroyable appli "Park4night". A côté du camping se trouvait une quarantaine de pré-fabriqués accueillant des réfugiés. Il nous reste un jour pour faire des courses en Allemagne où les prix défient toute concurrence. Nous avons eu la déconvenue d'apprendre que les bouteilles de gaz achetées en France ne pourraient pas être échangées ailleurs et avons donc 150€ de bonbonnes bientôt vides sur les bras. Mis à part l'eau, nous pouvons vivre en parfaite autonomie et notamment en autonomie numérique. Grâce à la fin des frais d'itinérance, nous disposons de 30Go de données/mois et nos téléphones, enfin le mien puisque celui de Thomas a rendu l'âme, sont de parfaits petits routeurs. Au delà du GPS dans les villes, cela nous permet d'utiliser internet pendant nos heures de voyage. Nos 30Go ne seront pas suffisant pour mettre les 100Go de photos et vidéos que nous avons déjà ! Nous sommes le 4 juillet et sommes prêts à la sortie imminentes de la 7ème saison de Game of Thrones.


Dimanche 9 juillet 2017, Preikestolen, Norvège,

Nous sommes arrivés en Norvège vendredi après une journée "Finger in the nose" où nous avons multiplié les problèmes techniques. Après avoir parcouru le Danemark d'un bout à l'autre sans avoir à rentrer dans un magasin, nous avons du trouver une seringue pour camion ! Si nous avions l'habitude de laisser des traces d'huiles, nous avons en effet remarqué que l'huile de la boite de vitesse fuyait aussi. C'est grâce au frère de Thomas et à des photos que nous avons pu réparer la fuite. Le bouchon de vidange de la boite de vitesse avait sauté, par chance (ou prévoyance) nous avions de l'huile de boite. Nous avons rempli l’huile de boite jusqu'à débordement puis vissé un bouchon en liège (volé dans la déco d'un resto du coin). Il se trouve que grâce à la fameuse théorie des cycles nous avions aussi oublié les feux du camion (obligatoire en journée au Danemark), pas étonnant puisque le camion ne sonne pas à l'ouverture des portes si on les oublie. Nous avons donc du faire jouer le coupleur/séparateur pour utiliser la deuxième batterie, alimentée par le panneau solaire, pour démarrer. La bascule n'étant pas immédiate, nous avons du attendre 45min sur le parking. Arrivés au ferry, nous nous sommes rendu compte que celui était "delayed" (retardé) et nous avons dû attendre 2h45 du matin pour embarquer, ce qui nous a permis de regarder "Into the wild" que Camille n'avait jamais vu, de circonstance avec un projet comme le nôtre... 

Le hasard a voulu que Demos soit garé en première ligne sur le ferry et nous avons accosté avec une vue imprenable sur le port de Kristiansaand en Norvège. Après un somme en bord de route, nous avons continué à rouler direction Stavanger. C'est là que nous avons pris Gabe, un apprenti cuisinier américain de 23ans, en stop. Les 3h de routes restantes ont été consacrées à admirer la vue, les lacs, les fjords, les maisons en bois, la Norvège quoi ! 

 
 

Le lendemain c'était Preikstolen ! Une superbe randonnée de quelques heures vers un fjord et un rocher aux angles et à la hauteur impressionnantes. On s'est bien marré avec Gabe, notamment lorsqu'on s'est offert une petite baignade d'altitude dans un superbe, mais froid, lac de montagne. 

Ensuite, nous sommes arrivés à Stavanger où une norvégienne rencontrées grâce à "Coach surfing" a laissée ses clefs à Gabe. Puisque nous nous entendions bien, il a accepté que l'on prenne une douche dans l'appart et on a pu chiller ensemble. C'est là qu'on a décidé d'ouvrir notre première boite de paté du gros chênes (un mélange de foie gras et d'autres réjouissances). 

 
 

Le soir en retournant au petit parking où nous avions garé Demos (pour éviter de payer 50€ la demi journée!!!) nous avons rencontré deux français en étude de géologie à Montpellier. Après une semaine sous la pluie à manger des pattes, ils ont été refait de manger le petit salé que Camille nous avait cuisiné. On a régalé, fait un feu et dormis pour récupérer de la ballade.


Dimanche 16 juillet 2017, Norvège,

Toujours avec Gabe, on a mis le cap vers Bergen prenant une superbe route dans les fjords par hasard. On a essayé de pécher dans un lac "but this lake is bullshit", donc on a rien eu. On a vu des dauphins noirs ou des balaines depuis le pont, ou plutot aperçu. 

 
 

On s'est rendu compte que le camion mesure moins de 6 mètres sans les vélos. Différence de taille puisque cela diminue par 2 le prix des multiples ferry/bacs que l'on prend ici en Norvège pour aller d'un point à un autre. Et le soir on s’est arrêté près d’un petit lac. Belle journée même si on s’est un peu tendu au sujet des vidéos et que Gabe ne savait pas trop où se mettre. On est arrivé à Bergen dans l’après-midi. On a pu publier la vidéo de Dewey depuis un café où l'on a rencontré des belges qui connaissaient WeBxl. Ensuite on s’est garé tout en haut de Bergen et on y est resté tout le séjour. 

 
 

A part le fait qu’il fallait grimper 30 minutes en souffrance depuis le port de Bergen, le spot était top puisqu’on avait une jolie vue sur la ville et des toilettes et eau à disposition dans le gymnase à proximité (merci Park4night). On y est resté du 10 au 14 juillet.  Le spot nous a aussi permis de rencontrer un couple de français. Ils nous ont offert un pâté maison et du vin rouge, on s’est raconté nos vies et on a joué à Citadelle. Et en vrac : déambulation street art, soirée crêpes et ressemblance évidente entre l'hotel de Ville de Bergen et celui de Grenoble.

 
 

On a retrouvé Gabe les deux derniers jours. Après une tentative ratée d’aller faire la fête à Bergen (on a quand même pu assister  à un karaoké très Norvégien) on a passé une belle soirée de pêche à l’ouest de Bergen. Camille a réussi à pécher de diner juste avant qu’on perde l’hameçon : un beau Lieu Jaune de 43 centimètres ! Exploit réussi grâce aux conseils d’Etienne (le français rencontré la veille). On a quitté notre américain sur la route d’Oslo et il nous a laissé un super message à la fin de notre carnet de voyage. 

 
 

Cette nuit on dort sur les plateaux du centre de la Norvège après avoir vu notre dernier fjord. On est près d'un barrage de ouf et d’une cascade très connue à en croire les cars de touristes venus du monde entier. C’est Thomas qui a trouvé la route par hasard alors que ce n’était vraiment pas indiqué : le panorama est magnifique. Il fait froid mais on est sous notre double épaisseur de couette à regarder nos photos et manger du pop corn.

 

Lundi 17 juillet 2017, Gielo, Norvège,

Réveil devant une vue incroyable ou sans doute imprenable car cachée par les paquets de buées collés contre notre vitre. Réveil venteux, réveil glacial mais réveil tout de même. J’aurais aimé dessiner la vue mais il est déjà midi et il fait trop froid. A la place, et en prévision de notre prochain passage à Ikea en Suède (visite touristique de l’artisanat local) une liste de ce qui nous manque :

  • Une bassine pour la vaisselle, le linge, se chauffer les pieds, etc.
  • Un saladier (l’autre a été égaré à Stavenger)
  • Des cuillères, petites et grandes (pck on a 5 fourchettes, 2 couteaux mais pas de cuillères pour la soupe et les céréales)
  • Des assiettes (il ne nous en reste plus qu’une après un virage un peu engagé dans les premiers jours de voyage)
  • Des torchons (on en a plus qu’un les deux autres on était relayé au statut de bricolage au moment des réparations de la boite de vitesse)
  • Un repose couvert (parce qu’y en marre qu’ils traînent partout et qu’on les trouvent jamais)
  • Une rappe
  • Un tuyau
  • Des bouteilles en verres (parce que le plastique ca fou plein de perturbateurs endocriniens dans l’eau)
  • Un tableau veleda (pour nos « Toux Doux » listes)

Dimanche 23 Juillet 2016,

Nous sommes quelque part entre Gotenbourg (Goteborg en anglais) et Malmö, à moins de 200 km de Copenhague que nous espérons atteindre demain. Nous allons y rejoindre Caro qui fait un tour à vélo en Scandinavie depuis Grenoble. Les dates ont miraculeusement coïncidé et alors que nous hésitions à rallonger notre étape à Gothebourg, cette nouvelle a été décisive. Nous sommes arrivés à Gothenburg mercredi après avoir envoyé un message de dernière minute à Malin que nous avions rencontré à Barcelone. Elle avait notamment organisé un des meilleurs ateliers sur les difficultés de mobilisation dans les sociétés sans crises apparentes. Elle avait invité, pour nous rencontrer, Sanna qui fait partie notamment du partit féministe suédois. Nous l’avons donc rejoins jeudi dans le jardin de sa maison, ou plutôt son immeuble en gestion coopérative et démocratique qu’elle nous a fait visiter.

 

Durant la visite, nous étions également avec un couple d’australien à la retraite qui voyageait pendant 5 semaines en Europe (pas plus sinon l’Etat leur coupe leur retraite). Nous avons donc passé une après-midi assez dense et réalisé deux vidéos en anglais. A la fin de son interview, Malin était crevée et elle nous a proposé d’aller se baigner dans un lac juste à côté. Après un détour dans une super épicerie orientale nous nous sommes donc baignés en parlant politique. Au retour Malin a exaucé un rêve en nous donnant les clef du sauna de l’immeuble dont nous avons pu profiter rien que tous les deux. Le lendemain, Malin nous a convaincu par son énergie de l’accompagner à un festival au Nord de Gothenbourg : Algotfestivalen. C’était un petit festoch’ comparable au SDD à Grenoble, mais les festivaliers étaient plus jeunes et assez propres sur eux. Nous ne nous sommes pas fait autant de potes que prévu, c’est là qu’on se rend compte que ce n’est pas toujours si facile de faire des rencontres, cela invite à en profiter encore plus lorsque ça arrive. Notre voisin de de parking, un surfeur grimpeur suédois à tout de même était notre compagnon de week-end. La première soirée a été assez chouette et nous nous sommes réveillés pas très frais le lendemain.

 

On a surtout apprécié le groupe Pedros des déjantés de suédois composés de trois chanteurs en salopette qui sautaient partout sur la scène, un batteur, deux bassistes et six trompettistes : ils ont mis le feu à la soirée. Après un plongeon dans le lac d’à côté (oui comme en Norvège il y a des lacs partout) nous nous sommes enfermés dans notre bulle (le camion) pour savourer une après-midi de glandage. Le deuxième soir Camille a eu une conversion profonde avec le copain de Malin (son prénom suédois est incompréhensible) pendant que Thomas « essayait » de rencontre de nouvelles personnes. Le lendemain nous sommes repartis sur la route après une dernière bonne conversation avec Malin et son compagnon qui nous ont laissé un mot sympa à la fin de notre carnet de voyage. Petit regret de ne pas avoir pris le temps de découvrir la ville de Gothenbourg mais Copenhagen nous attend !


Dimanche 30 juillet,

Dimanche dernier, alors que nous récupérions du festival, on a appris que Caro notre ancienne coloc’ allait arriver sur Copenhague dans son périple à vélo ce qui a fini de nous convaincre de rejoindre le Danemark un peu plus tôt que prévu. Sur le chemin? l’appel de la pêche c’est une nouvelle fois fait sentir : alors que nous dormionS dans un coin un peu perdu entre le bord de mer et l’autoroute nous nous sommes réveillés sur un parking plein à craquer.

 

En escaladant les dunes, nous avons aperçu une cinquantaine de pécheurs. Le lieu était à l’embouchure d’une rivière et de la mer. En plein mois de juillet en Scandinavie cela ne peut signifier qu’une chose : du saumon. Nous étions fin près à dégainer notre canne à pêche et à nous faire une place entre ces suédois aguerris lorsque nous avons compris, au vue des brassards que portait chaque pêcheur, qu’un permis de pêche était nécessaire.

 

Certes le jeu en vaut la chandelle considérant la taille des carnassiers, certes se mêler à cette bande de suédois promettait un moment plein d’authenticité, certes la chance du débutant nous aurait accompagné mais le risque d’une amende salée nous a découragé. La vie, la nature, l’énergie cosmique, dans son absolue harmonie, perceptible uniquement dans ses moments de pur liberté qu’offre le voyage, nous a convaincu du bienfondé de notre décision en faisant s’écrouler des trombes d’eau à l’instant où nous entrions dans le camion. Notre pluviomètre artisanal s’est rempli deux fois en 48h, chose incroyable qui ne nous était pas arrivé en 10 jours de pluie norvégienne.

 

Deux solutions s’offrent à vous si vous souhaitez traverser la frontière suédo-danoise, le ferry de Helsingborg à Elseneur, environ 70€ avec un véhicule, ou l’impressionnant pont-tunnel de Øresund qui s’élève à plus de 200m au-dessus de la mer baltique pour y plonger dans un tunnel qui débouche en plein Copenhague pour la modique somme de 50€ !

 
 

Arrivé à Copenhague, nous avons trouvé un parking à côté d’un parc et au bord de l’eau avec toilettes. Le quartier abritait également plusieurs « résidence de bingalow » c’est-à-dire de grands espaces clôturés ou l’on devine de petites baraques individuelles  Le quartier se trouve près d’une usine de méthanisation et lorsque le vent se fait rare une odeur de gaz flotte dans l’atmosphère.

 

En attendant l’Allemagne et des prix accessibles, nous cuisinons donc au réchaud. Le fait de ne pas pouvoir faire de tarte ou de brownie n’est pas si handicapant. Le quartier Amager, où nous étions garé, se trouve être près du célèbre quartier alternatif Christiana. Nous pouvons donc dérouiller nos vélos et pédaler quelques minutes pour être en plein centre de Copenhague.

 

C’est donc avec Caro que nous découvrons le quartier autogéré de Christiana (dans le quel les habitants préfèrent que les touristes ne prennent pas de photos). En lisant ensuite un chapitré dédié dans Les sentiers de l’utopie, on se rend compte que nos premières impressions sont semblables à celles de tout visiteur qui franchit la frontière : une impression de respirer, des couleurs qui amènent la joie et la simplicité en dépit du million de touristes annuel. Nous n’avons pas pu rentrer en contact avec les christianites. C’est peine perdue que de tenter de décrire cette utopie urbaine mieux que ne le font Isabelle Frémeaux et John Jordan. Nous apprendrons par la suite que cette zone « libérée », autonome avec ses propres lois, a réussi, après des années de négociations, à s’assurer légalement une protection contre la destruction et la revente en accédant à la propriété. Copenhague est une ville très étalée et seules les interviews nous ont permis de l’arpenter de long en large.

 

Nous avons ainsi rencontré Ole, un allemand installé à Copenhague depuis 5 ans qui nous a parlé de DIEM 25 mais avec qui nous avons surtout bu des coups, mangé nos magrets de canards (provision donnée par Mireille la mère de Camille) et passé une journée à un super spot de kite-surf. En fait, c’est surtout d’Europe que nous avons parlé à Copenhague. Nous avons aussi raté une interview à cause d’une erreur de lieu de rendez-vous (le café était une chaine, il y en avait plusieurs dans la ville). Les derniers jours, où nous faisions de grosses journées de boulot pour avancer sur les vidéos, nous avons aussi rencontré l’Europe avec des italiens, des espagnols et des slovènes qui se sont garés au même endroit que nous.

 
 

Nous sommes à peu près à jour sur nos publications, on savait que le montage vidéo nous prendrais du temps mais on avait clairement sous-estimé la partie communication (gestion du site, écritures des textes de publication Facebook, mise en ligne des vidéos sur Youtube, etc.) et comme nous souhaitons apporter plus de fond que les courtes vidéos d’interviews, nous consacrons aussi beaucoup du temps à écrire les articles qui les accompagnent en nous documentant pour comprendre mieux les enjeux et les contextes. Pour cela aussi nous avions sous-estimé l’investissement que cela demanderait.

 

Cela dit, nous ne regrettons pas du tout d'avoir donné une dimension politique au voyage ce qui nous permet une émulsion intellectuelle impressionnante et surtout nous permet de découvrir les villes d’une manière complétement différente de ce que nous aurions vécu sans ce fil rouge. 

 

Une petite balade nocturne et l’on se pose sur la plage qui borde les nouvelles tours du quartier d’Avanger. Le temps de compter les avions, d’admirer un joli bateau qui a jeté l’ancre dans la baie et de sentir la nuit s’installer et nous retournons au camion passer notre dernière nuit danoise. Même les usines au loin nous ont semblé belles dans ce paysage nocturne

 
 

Globalement on a réussi à ne pas trop dépenser d’argent même si nous recommençons à nous permettre des petites folies genre pizza. Le fait de trouver un café où bosser à aussi contribuer à un mettre un boost à notre boulot. Thomas se sent plus une mentalité à « traverser au milieu de la route », on a pas spécialement accroché avec l’ambiance de Copenhague, alors on a décidé de continuer notre route un peu plus tôt que prévu, Berlin nous voilà !


Samedi 5 août, Berlin

On est arrivé en Allemagne vers 17h le 31 août. Après avoir payé le double sur le ferry on a réussi à « piraté » le wifi du bateau car celui-ci n’autorisait pas autre chose que Facebook. Après avoir donné nos dernières couronnes à la famille garée devant nous dans le bateau, on est rentré dans la zone euro avec pas mal de courses à faire. Sur la route, notre dernier souvenir du Danemark sera notre rencontre avec Emile. En lui proposant de le prendre en stop à 300m de chez lui, on s’est vu offrir le café et une visite privée de ses peintures dans un de ces étranges terrains entre camping et jardin ouvrier. Payant 100 euro à l’année, ce terrain est la seule occasion pour notre artiste d’avoir un lieu stable. Il vit avec plusieurs personnes qui ont aussi « loué » des parcelles et bien qu’à ciel ouvert, la cuisine est toute fonctionnelle et écolo. C’est aussi pour eux une manière de rencontrer des vies que la ville ne permet pas de croiser comme des gens beaucoup plus âgés ou d’autres milieux sociaux. Emile a ainsi trouvé la galerie de rêve puisque ses peintures voyage dans toute la Scandinavie grâce à un groupe de motard à la retraite qui ont un pied à terre ici et qui voyagent en exposant ses œuvres. Pour Emile, c’est aussi un geste artistique que sa peinture soit représentée par ses voisins. Nous avons là encore beaucoup discuté technologie. Emile est actif sur Instagram où il suit des bodybuildeuses. Sa performance est de dupliquer par la peinture les photos et de les renvoyer à leur auteure en commentaire. Le propos n’est pas de juger, il vise à créer un miroir, à confronter les gens à l’image qu’ils donnent sur les réseaux sociaux, sentiment souvent inconfortable comme lorsqu’on écoute sa propre voie ou que l'on se voit en vidéo. Les réactions de ses muses varient des remerciements à l’indignation. Il nous a donné l’adresse d’une de ses expos virtuelles. Bien qu’il nous ai proposé de rester une nuit, nous avons décidé de continuer sur notre lancée, l’appelle de l’inconnu a pris le dessus après une semaine de sédentarité danoise.

 

Le soir pourtant nous avons était pour la première fois déçu de Park4night. Nous avions choisis un lieu écrit en Allemand et sans photo. Nous sommes tombés sur un immense garage sans âme qui vive. En nous promenant autour nous avons certes fait le plein de mures mais également découvert quelques tags nazis. Cette découverte a fini de nous donner un sentiment désagréable.

 

Park4night limite parfois la spontanéité du voyage et le fait que seul Thomas conduise nous contraint à limiter les kilomètres parcourus. En moyenne en une bonne journée de trajet de 6 heures, nous engloutissons 250km. La temporalité n’est pas là même lorsqu'on voyage au moyen d'un camion aménagé datant des années 80. Mais c’est aussi un luxe de pouvoir prendre le temps de découvrir de nouveaux horizons et nous apprécions cette lenteur. Après une escale au bord d’un lac dans la banlieue de Berlin, nous sommes entrés dans la capitale allemande et l’appli nous a permis de trouver un super spot dans le centre à côté d’un aéroport désaffecté transformé en parc : Tempelhof.


Mercredi, 16 août, Braudenburg

Nous avons quitté Berlin hier après deux semaines à profiter et à mieux comprendre la capitale allemande. Grâce au lieu trouvé pour se garer nous avons pu profiter sans avoir à se soucier du prix du stationnement. Le premier soir, un couple de français originaires de Seine et Marne est venu nous aborder et nous avons passé un première soirée berlinoise un peu saoul à discuter des joies et tracas de la vie nomade en couple. Kein, Fiona et Ivory sont repartis quelques jours plus tard pour la Suède et le reste de leur voyage d’un an en Europe.

 
 

Le lendemain, nous avons décidé de tenter ce que nous avions encore jamais fait : une visite guidée de Berlin. N’assumant pas tout a fait cette attitude de touristes, nous avons donc choisis un « altertour », c’est-à-dire un tour basé sur la gentrification, le street art, les histoires quotidiennes du mur et les squats.

 

Après trois heures de marche à la découverte Just, l’astronautes 1UP, du Bettanein et de la vie de George et Tommy, nous avons bu un verre avec le groupe au YAAN, club afro sur les berges du SPREE. Soirée européenne entre notre guide écossais, et nos co-touristes venu du Portugal d’Italie, d’Espagne, d’Angleterre, d’Australie et des Etats-Unis.

 

Vendredi nous avons posé un lapin à Futur Voice, un autre rendez-vous est pris pour le lundi, encore un problème de malentendu sur le lieu de rendez-vous. Nous passons un week-end tranquille à profiter du parc et assistons même à un spectacle nocturne entrmélant son, lumière, danse et théâtre dans le parc. Lundi nous rencontrons finalement Futur Voice. L’interview nous laisse plutôt sceptique quant à l’action de l’organisation et surtout assez loin de notre vision de la démocratie.

 

Mardi nous déjeunons dans un quartier plutôt très fréquenté autour d’un des canaux du Spree avec Adrien qui fait une thèse sur les communs. L’interview est pleine de vent et un peu floue mais nous nous faisons un nouvel ami qui nous conforte encore un peu plus dans l'importance de cette notion pour créer une nouvelle narrative porteuse d'espoir face au néo-libéralisme.

 

Alors que nous revenions de Urban Spree, dont l’aménagement entre grosse boite et musée/magasin de street art avait fait une impression de supercherie à Thomas, nous avons le plaisir d’entendre crier pour la première fois depuis longtemps « Camille ! » dans la rue. C’est un détail , mais cela fait se sentir un peu à la maison que de faire la rencontre fortuite d’un ami au détour d'une rue. Adrien nous propose alors d’aller boire un verre. Nous longeons le Spree en direction d’un ancien squat acheté et aménagé avec créativité qui illumine un quartier pleins des buildings hors de prix du grand projet inutile « Media Spree ». Nous rencontrons plusieurs français ayant faire leurs études à Grenoble, une américaine avec qui nous discutons pas mal politique dès lors qu’elle fait le constat suivant : à cause de Bush nous avons passé 8 ans à nous excuser et désormais nous avons Trump. Et une espagnole que nous allons revoir le samedi pour une « vrai soirée berlinoise ». Après une pizza un peu volée « Viva la Vegan » et un tour dans une boite de moins d’un mètre carré dont nous avons un témoignage photographique en fin de carnet, nous rentrons au camion.

 
 

Le lendemain, toujours dans ce quartier de Kreusberg nous rencontrons Arvid qui nous parle de grassroots think tank tout bien habillé. Le jeudi nous avions rendez-vous dans les locaux de "l’école des rebelles" pour rencontrer des militants de Solidarity City, un collectif d’associations qui, inspiré de l’expérience de Toronto, veut faire de Berlin une « ville sanctuaire ». L’une des intervenantes est enceinte et nous nous posons ensemble la question « Comment élever un garçon dans une société patriarcale ?».

 

Le bâtiment est assez spectaculaire. Un immeuble de plusieurs étages dédié à l’apprentissage pour humain en réinsertion. Il fait même l’objet d’un film que nous ne manquerons pas de regarder « Rebel School ». La créativité et la politique s’expriment dans chaque graff et autocollant. Le vide n’a pas sa place dans l’établissement.

 

Vendredi nous retournons rue Meringdam pour rencontrer le collectif Stad Von Uten et Dragon Area qui, inspiré de 100% Tempelhof, lutte contre la spéculation immobilière en se réappropriant une ancienne étable de plusieurs milliers de mètres carrés dans le centre de la ville.

 
 

Le projet retrace l’ensemble des aventures administratives et politiques urbaines : conflit de projet entre le gouvernement et la municipalité, entrepreneur véreux, marché de l’immobilier mondialisé, crise du logement et campagne citoyenne. Nous passons une soirée très agréable à faire plus ample connaissance dans leur « garage », leur camp de base dans le quartier, même si le temps d’interview s’en ressent car la nuit vient obscurcir le cadre.

 

Samedi c’est la course, il nous faut absolument trouver un déguisement pour la soirée. C’est dans une immense fripe berlinoise que nous allons trouver notre bonheur. Malgré la folie de cette soirée berlinoise complétement décalée, nous sommes globalement déçus. Nous nous attendions à vivre une soirée inattendue dans une ambiance libératrice, quelque chose de neuf... et nous nous retrouvés dans une soirée à fort goût de déjà vu et aux logiques tristement banales. Consommer, c’est toujours la même question de la consommation. Consommer un lieu où nous sommes tous serrés les uns contre les autres, nous ne sommes même pas en capacité de faire attentions au décor. La subversivité se noie dans le conformisme d’une vision unique de « l’alternatif ».

 

Le lundi c’est aussi la course, nous rencontrons Kerstin de 100% Tempelhof qui nous éclaire enfin sur cet étonnant parc. Au-delà de son incroyable superficie, équivalent à la principauté de Monaco, l’ancien aéroport Tempelhof détonne également par son aménagement minimaliste.

 
 
 

Les anciennes pistes, laissées exactement telles quelles, forment les allées de ce parc disproportionné. Un jardin partagé, un espace barbecue et un espace de réparation de vélos viennent ajouter un semblant d’organisation.

 
 

Grâce au parc nous avons même acheter notre propre    cerf-volant.

 

C’est donc surtout un parc à s’approprier ce que ne manque pas de faire les chars à voile, voile de kite surf et de parapente, rollers et cyclistes.

 
 

Comme nous l’expliquons dans l’article (prochainement) ce peu d’installation est directement la conséquence de la loi citoyenne initiée par un groupe de protecteurs de la nature. Cette radicalité, intransigeante explique le "100%" adopté par le collectif et les vastes espaces laissés à la biodiversité.

 

 

A la fin de cette interview nous avions rendez-vous avec Kate, une amie d’une amie de Grenoble, mais un problème de batterie et une mauvaise organisation nous ont fait lui poser un lapin. Nous rentrons fatigués au camion. Nous prenons alors la décision de quitté Berlin le lendemain.

Très enthousiasmés par cette ville où la vie semble douce, nous repartons heureux vers les aventures du Camp Climat !

 


DEMOS - Notre camion


 

Voici notre Mercedes 409D vintage ! C'est un camion entièrement isolé avec un panneau solaire 120w inclinable, un transformateur 12/220 150w et deux batteries qui nous permettent d'avoir l’électricité. La gazinière 3 feux, le four et le frigo trimix nous permettent quant à eux de nous cuisiner de bon petits plats. On a même l'eau avec un évier, une pompe à eau 12L/min et une réserve d'eau propre de 60L. On admire le paysage grâce aux 3 fenêtres et 2 lanternaux translucides avec moustiquaires (important en Norvège!) et store occultant. Vivaldi, Thylacine et Keny sont aussi avec nous grâce au poste CD/MP3 avec ampli, les deux enceintes avants et arrières.

C'est un vieux coucou de 1988 qui roule très bien. Le moteur est assez puissant pour faire de la montagne sans trop galérer, les grosses côtes montent à 60km/h. La vitesse de croisière est de 80km/h mais il peut aller jusqu'à 110km/h sans problème. Il fait pas mal de bruit quand on roule mais ça fait son charme. C'est un super camion dans lequel nous passons des moments magiques.