Le Municipalisme pour les nuls...


Cet article est une proposition de définition du Municipalisme issue des différents ateliers et conférences du Sommet International du Muncipalisme : Fearless Cities. Il est largement inspiré de la conférence  "Muncicipalism for dummies" et notamment de l'intervention de Beppe Caccia membre de Venezia en Commune.

 
 

Le Municipalisme peut-être entendu comme une forme d’application politique de l’écologie radicale et de la gestion publique libertaire - Murray Bookchin -. Il entend dépasser la logique manichéenne entre les outsiders et insiders des institutions grâce à une construction politique en plateforme. Le système de République représentative fonctionne avec des représentants élus (le maire, ses  adjoints, etc.) qui prennent les décisions et les appliquent par décrets. Dans une vision municipaliste, l' ouverture des gouvernements est essentiel en pensant un fonctionnement municipal dans une logique horizontale.


L’idée essentielle du Municipalisme est de créer, de façon autonome, une alternative aux gouvernements traditionnaux. De cette volonté nait deux interrogations essentielles :

  • Qu’est-ce que la démocratie ? Est-ce l’élection de représentants ou est-ce un processus basé sur la participation des citoyens aux gouvernements ?
  • Pour qui faisons-nous les politiques publiques ?
 

Le Municipalisme base toutes ses actions dans une stratégie d’alliance entre les gouvernements, les mouvements sociaux et les forces sociales. Il est nourrit par le féminisme et l’antiracisme. Au Brésil, le Municipalisme a, par exemple, émergé ces dernières années grâce au mouvement social contre l’augmentation des prix des transports en commun. Combiné aux mouvements sociaux féministes, il a créé une dynamique sociale avec comme objectif les élections : "Right to use the city".

 

Si  le  Municipalisme est une théorie de gouvernement avec un marqueur politique de lutte contre les formes de domination, il nourrit vis à vis des grandes idéologies une certaine distante pragmatique. Pas besoin d’une nouvelle idéologie, mais davantage d'une connexion à la réalité. La culture politique du Municipalisme est celle de l’interrogation d’exemples concrets plutôt que celle des grands modèles politiques. Elle rompt également avec une dimension de  la culture de gauche souvent ancrée dans une idéologie de l’Etat providence avec des représentations fortes comme celle de la sécurité sociale.


L’échelle municipale à l’avantage de permettre d’avoir des noms et des visages sur les représentants, ce qui s’avère plus complexe à l’échelle national ou européenne. Ainsi, là où le niveau étatique élève un problême concret en question théorique, le niveau municipal permet de le réancrer dans un sens collectif. Dans une définition restrictive, le Municipalisme cherche à obtenir une  représentation des partis prenantes dans ses prises de décisions avec  comme objectif final de créer une communauté qui construit ce sens collectif (collective maining).


Quelles stratégies deploie le Municipalisme pour créer une communauté politique ?

  1. Compétences : partager des connaissances et de l’agenda municipal
  2. Autonomie : créer des campagnes locales
  3. Coordination : créer une coordination des mouvements sociaux et des forces sociales de la ville
  4. Technologie : utiliser les outils numériques pour les trois premiers points et afin d’évoluer en logique de réseau
 

Pour réussir à incarner une alternative, le Municipalisme doit s’inscrire dans les politiques publiques concrètes de combat contre le capitalisme : lutte contre la précarité et l’austérité et développement des initiatives pour l’écologie et la démocratie. Pour y parvenir la diversité des acteurs qui prennent part à la dynamique est essentielle : dépasser les groupes militants des mouvements sociaux, en se basant notamment sur les groupes de quartiers et les méthodologies d’organisation communautaire - community organising .

 

En résumé les pratiques municipalistes établies sont :

  • Un lien fort entre mouvement sociaux, gouvernement et forces sociales
  • Une nouvelle plateforme politique (différentes de celles des mouvements  sociaux) qui traduit les projets politiques en politiques publiques
  • La prise en charge, par l'élection, de la gestion des gouvernements et des institutions municipales
  • Le développement en réseau nationaux et internationaux
  • Le caractère expérimental : la nécessité d’évolution constante de ces pratiques
 

Vers une dynamique "FearLess Cities" ? 

La culture municipaliste a régulièrement émergé dans l’Histoire et notamment dans les périodes de transition. Lorsque l’ancien monde se meurt (structurellement, idéologiquement, économiquement), il appelle le nouveau. Ces temps de transition sont des époques dangereuses qui font naître des monstres qui naissent de la résistance de l’ancien monde : nationalisme et autoritarisme.

 

Le Municipalisme est perçu par les "Villes Sans Peurs" comme un outil crucial,  une arme pour permettre de définir une nouvelle structure sociale radicale . La dimension de réseau, national et international, est essentiel au développement du Municipalisme. Un réseau municipalisme national et européen pourrait être en mesure de créer un puissant plaidoyer capable d’influencer les législations nationales et supranationales.


Thomas SIMON & Camille DANTEC-FERRI

Les voies de la démocratie


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